Chers vous tous,
Aujourd’hui, alors que nous nous rassemblons pour commémorer le 8 mai 1945, cette date qui marqua la fin d’une des périodes les plus sombres de notre histoire, je ne peux m’empêcher de penser à ces mots, ceux de Gauvain Sers, dans sa chanson "Si tu voyais, grand-mère" :
« Si tu voyais,
grand-mère, ce qu’ils ont fait de ton monde…Si tu voyais
grand-mère de ton ciel, tout là-haut ton pays qui se perd t'en
aurais des sanglots. Toi qui as combattu tous les marchands de haine
je crois que tu serais abattue de savoir qu'ils reviennent. Si tu
voyais grand-mère, tu comprendrais pas bien qu'on retourne en
arrière et qu'on retienne rien. »
Ces paroles, simples
et poignantes, résonnent en moi avec une force particulière. Elles
nous rappellent que la paix, la liberté, ne sont pas des acquis,
mais des combats. Des combats menés par ceux qui, il y a 81 ans, ont
dit non... Non à l’oppression, non à la barbarie, au prix de leur
vie, parfois.
Le lien entre générations
Ma mère est née le 17 avril 1946, moins d’un an après la fin de la guerre. Elle a grandi dans un monde encore marqué par les stigmates de ces années noires, mais aussi porteur d’un espoir immense : celui d’une Europe reconstruite, d’une France libérée. Elle a entendu, enfant, les récits de ceux qui avaient vécu l’Occupation, la Résistance, la Libération. Elle a vu, dans les yeux de ses aînés, la fierté d’avoir tenu debout, et la douleur de ceux qui n’étaient pas revenus.
« Toi, t'as connu l'époque où l'on prenait la rue la jeunesse faisait bloc et chantait les Bérus. Si tu voyais grand-mère qu'on est fait comme des rats, tu dirais à grand-père que la France de Ferrat, de Jaurès et d'Hugo s'effiloche chaque matin et celle qui revient au galop, c'est la France de Pétain... »
Aujourd’hui, alors que nous écoutons "Si tu voyais, grand-mère", je pense à ma Maman, à toutes ces grand-mères, ces mères, ces pères, qui ont transmis à leurs enfants le devoir de mémoire. Le devoir de ne jamais oublier.
Car oublier, ce serait trahir ceux qui ont souffert, ceux qui ont lutté, ceux qui ont cru en un lendemain meilleur.
La paix, un héritage fragile
La chanson de Gauvain Sers nous parle aussi de transmission. « Si tu voyais, grand-mère…les commémorations, on se dit "plus jamais », on répète "attention" Sûr qu'on aime nos héros du passé, en revanche on leur plante un couteau dans les urnes le dimanche. Si tu voyais grand-mère le mépris tout là-haut, ils attisent la colère et récoltent le chaos »
« Si tu voyais grand-mère qu'il y a même des fachos qui lèvent le bras en l'air et rigolent de Dachau On a des livres d'Histoire des minutes de silence mais on perd la mémoire bien plus vite qu'on n'le pense. Si tu voyais grand-mère la peur des différences les taches brunes prolifèrent sur la carte de France. Toutes les digues se fissurent et peu à peu je crains qu'on dénonce sur les murs l'origine du voisin »
Cette chanson c’est une invitation à regarder notre monde avec les yeux de ceux qui l’ont façonné avant nous. Et ce monde, nous l’avons reçu en héritage. Un héritage de paix, de démocratie, de fraternité.
« Si tu voyais grand-mère qu'au pays d'Jean Moulin, la résistance prospère mais elle perd du terrain. Il nous faut des repères et je comprends, ému pourquoi tu m'as offert la peste de Camus »
Oui cet héritage, il est fragile. Il repose sur notre vigilance, sur notre engagement à défendre, chaque jour, les valeurs pour lesquelles tant de femmes et d’hommes se sont sacrifiés. La liberté ne se décrète pas, elle se vit. La paix ne s’impose pas, elle se construit. Et c’est à nous, aujourd’hui, de continuer ce combat.
Un message d’espoir
En ce 8 mai 2026, alors que les drapeaux flottent et que les cloches des églises sonnent dans les villages de France, je veux aussi vous parler d’espoir. L’espoir qui a animé les résistants dans l’ombre, l’espoir qui a soulevé les foules à la Libération, l’espoir qui a permis à des générations entières, comme celle de ma mère, de grandir dans un pays libre.
Gauvain Sers, dans sa chanson, ne se contente pas de constater les maux du monde. Il nous rappelle aussi que nous avons le pouvoir d’agir. « On peut encore changer les choses », semble-t-il nous dire. Et c’est vrai. Chaque geste de solidarité, chaque acte de résistance face à l’injustice, chaque moment où nous choisissons l’humanité, l'humain plutôt que la haine, c’est un hommage à ceux qui nous ont précédés.
Conclusion : ensemble, pour demain
Alors aujourd’hui, devant vous, devant nos anciens, devant nos enfants, je veux prendre un engagement : celui de ne jamais laisser s’éteindre la flamme de la mémoire. Celle qui brûle dans les yeux des anciens combattants, celle qui anime les cérémonies comme celle-ci, celle qui unit les générations.
Que les paroles de Gauvain Sers résonnent en nous comme un appel : regardons notre monde avec lucidité, mais agissons avec courage. Car la paix, la liberté, la fraternité, ne sont pas des mots creux. Ce sont des réalités que nous devons incarner, chaque jour.
En ce 8 mai 2026, souvenons-nous. Souvenons-nous de ceux qui ont lutté. Souvenons-nous de ceux qui ont espéré. Et surtout, souvenons-nous que l’avenir s’écrit avec nous.
En mémoire aux 50 millions de morts dont la moitié en Europe, 600 000 en France, 4 fois plus que la première guerre mondiale, en mémoire à la moitié des victimes qui sont des civils, des victimes des bombardements ou de la politique d'extermination nazie, en mémoire de nos morts pour la France, en mémoire des Justes parmi la Nation, en mémoire d'Arnaud Frion militaire français tué en Irak, en pensées pour tous les militaires déployés dans les conflits mondiaux, en mémoire aux opprimés en Ukraine, au Moyen Orient et par tous les coins du monde, je vous demande de respecter une minute de silence
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