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Élue maire depuis 2 ans le 14 mars 2010, j'ai eu envie de raconter cette aventure sur un blog.
Certains autres Maires ont leur blog alors je me suis dit: Pourquoi pas moi? Voilà, c'est fait: j'attends vos commentaires, vos impressions et tout et tout...

En effet, c'est une véritable aventure que je vis depuis 2008! Une aventure humaine incroyable et une aventure personnelle passionnante!

jeudi 26 août 2010

Pour remettre les choses en place...

Lettre ouverte

Nous, Faucheurs et Faucheuses Volontaires, avons procédé à l’arrachage de 70 pieds de vignes transgéniques sur une parcelle de l’Inra de Colmar, le 15 août 2010.

Nous avons constaté la répercussion importante de notre acte dans la presse, à travers les déclarations de cadres de l’Inra, de certains membres du gouvernement et d’autres institutions. Nous souhaitons par cette tribune apporter une explication claire, précise et approfondie de notre geste, par ailleurs pleinement réfléchi et assumé.

L’acte que nous avons posé s’inscrit dans le combat mené depuis de longues années contre le développement des manipulations génétiques dans l'agriculture, le brevetage, et la marchandisation du vivant, bien commun de l’humanité. Nous ne sommes pas contre la recherche fondamentale sur les OGM, mais elle doit s’effectuer selon des protocoles rigoureux en milieu confiné. Surtout, elle doit répondre sans préjudice aux véritables besoins de la société, et ne pas faire le jeu du marché.

De par son caractère publique, notre geste s’adresse à l’ensemble de la société civile et particulièrement aux décideurs politiques qui autorisent, et finalement organisent, la dissémination des OGM dans les champs et dans les assiettes. Ces choix vont à l’encontre de la société qui refuse très largement leur développement. Nos élus ne font donc acte ni de représentativité ni de responsabilité.

Le dossier OGM est brûlant parce qu’il ne se réduit pas à un simple problème d’agronomie. Nous invitons l’ensemble de notre société à ne pas être dupe face à de tels essais : il s’agit bien de fausses solutions pour de faux problèmes. Car le problème -ou la réalité- est tout autre. Il est en premier lieu d’ordre démocratique et politique, puis agronomique, et non l’inverse comme on essaye de nous le faire croire.

Notre système agricole est majoritairement productiviste, avec une très forte dépendance à l’égard des firmes multinationales de l'agrochimie et de la génétique. Ce type d’organisation de l’agriculture découle de choix politiques et techniques réalisés en amont, qui appréhendent l’agronomie d’une certaine façon.

« Il s’agit là d’un enjeu primordial ou « ce qui se joue est le modèle de société. Le combat ne porte pas entre modernité et tradition, mais entre des définitions concurrentes de l'avenir : il s'agit de déterminer quelle sera la "modalité dominante de globalisation". Marchande, productiviste et capitalistique, ou communautaire, culturelle et coopérative ? C'est l'alternative de l'époque. (Hervé Kempf)[1] »

Nous pourrions faire d’autres choix, car il existe d’autres manières de faire de l’agriculture, qui s’appuient notamment sur le respect du vivant et des hommes, et qui ont depuis longtemps démontré leur capacité à nourrir l’humanité en quantité et en qualité. Nous invitons la recherche française à se tourner vers ce type d’orientations, car la question centrale n’est pas d’être pour ou contre l’investigation scientifique, mais plutôt : quelle recherche veut-on privilégier ? Nous intervenons rarement dans son pré carré, seulement cet essai était particulièrement symbolique, car il est au carrefour des nombreuses questions de société que posent les OGM. Dans le cas d’une technologie de plus, non maîtrisable à terme, comme les OGM, nous serions effectivement contraints de chercher continuellement des solutions à des problèmes que nous aurons nous-mêmes créés.

Si l’objectif de l’Inra est de répondre aux attentes des citoyens, alors la meilleure réponse qu’ils pourront leur apporter -parce qu’elle est déjà connue- c’est que la culture d’OGM en plein champ n’est pas possible sinon à condamner les autres modes de productions agricoles, et l’agriculture biologique en particulier. Partout dans le monde où les plantes génétiquement modifiées sont utilisées, l’usage des pesticides augmente et la paysannerie disparaît. Les plantes sauvages sont contaminées, la diversité semencière s’écroule et la souveraineté alimentaire est menacée.

L’Espagne, devenue la poubelle transgénique de l’Europe, en est un triste exemple. Les dizaines de cas de contamination des maïs biologiques et conventionnels ont montré que la coexistence entre cultures GM et non-GM est entièrement impossible. Cette situation a déjà entraîné la réduction de 95% des cultures de maïs biologiques entre les années 2002 et 2008.

Le monde de la recherche, qu’il soit public ou privé, ne doit donc pas s’isoler au prétexte de neutralité scientifique. Ne lui en déplaise, ses choix sont aussi ceux de la société toute entière, ou devraient l’être, car ses choix peuvent s’avérer, à terme, trop déstructurants pour les organisations humaines en place, et trop dangereux pour les générations futures. Dans ce sens, le premier objectif des chercheurs ne devrait pas être une application immédiate de leurs découvertes. Avant de vulgariser ces dernières ou de chercher à les commercialiser, ils doivent auparavant en avoir simulé les impacts environnementaux et les conséquences sociétales.

Faire croire que la dissémination des transgènes ne se fait pas lorsqu’un OGM passe au stade commercial, c’est au mieux nous prendre pour des imbéciles, au pire ignorer totalement les lois biologiques. D’un point de vue purement scientifique, l’essai de vigne transgénique résistante au court noué a déjà démontré des contradictions majeures. Sans fleurs ni raisins qui n'auraient pu être laissés qu'en milieu confiné, cet essai ne pouvait en effet donner aucun résultat scientifique valable sur les risques de transmission de l'OGM au raisin et au vin, ni sur son efficacité dans la lutte contre le court noué après la floraison de la vigne. Par ailleurs, il n’a jamais été question d’évaluer les atteintes au terroir, notamment la modification de la microbiologie du sol et des levures. Le passage du transgène du porte-greffe au greffon a aussi déjà été constaté. Pourquoi l'INRA, financé par nos impôts, affiche-t-il publiquement le contraire de certains résultats ayant un lien avec certains risques de contamination ?

En effet, le transgène présent dans cette vigne étant un gène viral, il offre la possibilité au virus infectant (court noué ou autre virus) d’échanger une partie de son ADN avec celui du transgène. Il s’agit du phénomène de recombinaison, qui a lieu avec une très grande efficacité chez les virus, et qui peut conduire à l’apparition de virus nouveaux, dits « recombinants », à pouvoir pathogène plus élevé. Cette vigne représente donc un véritable réservoir à virus recombinants dont on ne maîtrise rien et qui vont pouvoir se propager dans la nature.

La planète n’est pas une paillasse de laboratoire.

Actuellement, l’Europe finance l’arrachage définitif de 400 000 hectares de vignes, car nous sommes dans un contexte de surproduction chronique de vin.

L’uniformisation des méthodes de production, celle des terroirs et des vins, sera-t-elle alors un facteur déterminant pour résoudre la crise viticole ? Nous en doutons très fortement, et il nous semble, bien au contraire, que c’est la diversité des agrosystèmes qui protège les producteurs de la concurrence en leur permettant d’identifier clairement leurs produits autour de cahiers des charges. Certaines pratiques agricoles considèrent notamment de manière qualitative le court noué, car il réduit la production et augmente la qualité.

Cultiver de la vigne transgénique en plein champ sur une maladie qui ne menace pas la production française vise donc à l’acceptation sociale des vignes OGM en France.

Les OGM menacent l'ensemble des régions viticoles, patrimoine français exceptionnel.

Pour nous, le passage beaucoup trop rapide de la technologie OGM à un niveau industriel est hautement révélateur de cette nouvelle approche relativement totalitaire: il s’agit bien ici, de nous imposer le plus rapidement possible les OGM à travers un dispositif de recherche totalement « bunkérisé ». Un dispositif aliénant qui empêche, on l’a vu avec l’Espagne, toute autre forme de progrès et de différenciation.

Plus personne n’est dupe sur les finalités pratiques du développement des technologies OGM. A moins que l’on cherche à nous les faire accepter par tous les moyens. Mais alors, qu’est ce que la démocratie : est-ce l’art de faire accepter ou celui de respecter et de représenter ce qui profite à l’intérêt général ?

Un tel enjeu démocratique ne peut faire l’économie d’un vrai débat, ni de décisions courageuses, afin de respecter la volonté, sinon les doutes, de la population. Les effets néfastes des OGM agricoles sont avérés, ils ont depuis longtemps démontré qu’ils n’étaient pas conçus pour le bien des hommes et des écosystèmes, mais pour ce qui fait leur raison d’exister : remplir les comptes en banque des actionnaires de l’agrochimie et de la génétique.

Quant au fait d’abandonner l’expertise et la maîtrise des OGM aux multinationales, la question est plutôt la suivante : voulons-nous suivre cet exemple qui a condamné des paysanneries riches de savoir-faire et de diversité, et qui conduit à une dépendance totale vis-à-vis de l’industrie des pesticides? Voulons-nous que les campagnes françaises ne soient plus vouées, à terme, qu’aux seules cultures transgéniques ?

Les OGM sont finalement un projet de société à part entière qui lègue des contaminations irréversibles aux générations futures. Reste à savoir si la société civile pourra ou non participer à ce choix, si on le lui permet.

En attendant que la classe politique fasse son travail, et parce que les rouages de la démocratie ne traduisent plus les aspirations de la société, la nécessité fait loi, et la désobéissance civile s’invite pour faire entendre cette voix.

25 août 2010,
Le Collectif des Faucheurs Volontaires d’OGM

Pour plus d’informations, un de nos sites Internet régulièrement mis à jour :
www.soutienfaucheursbretagne.fr/

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